vendredi 1 juin 2012

Tous à Reims le 23 juin - une Journée au cœur de la légitimité française

Une Journée au cœur de la légitimité française: Découvrir Reims, les sacres, la cathédrale, l’ange au sourire, le Palais du Tau… dans le regard de Jeanne d’Arc. Le samedi 23 juin 2012, tous avec Jeanne à Reims!
  • Messe à la cathédrale à 10H30
  • Visite de la Maison natale de saint Jean-Baptiste de la Salle à l’issue de la messe
  • Repas à Midi au Restaurant Côté Cuisine
  • Courte allocution d’Alain Bournazel sur la politique de Jeanne d’Arc
  • Visite accompagnée de la Basilique Saint-Rémy (14H30), de la Cathédrale de Reims (15H30) et du Palais du Tau, en compagnie du Conservateur (16H30)
  • Fin de la visite-pèlerinage à 17H30
Pour s’inscrire, deux formules
  • Vous vous inscrivez uniquement pour la messe, le repas et les visites : 30 euros
  • Vous vous inscrivez aussi pour le car avec l’abbé de Tanoüarn: 25 euros l'aller/retour depuis Paris, soit un total de 55 euros par personne
A noter : il y a un train au départ de Paris à 9H15 et une navette rapide entre la Gare et la Cathédrale - Si vous prenez le car, cela vous permettra de visiter la Basilique Saint Rémy facilement (elle est un peu distante du Centre-ville) - Rendez-vous pour le car: 8H15 précises à côté du Centre Saint-Paul à la Bourse (côté avenue du 4 septembre).
Renseignements-inscriptions auprès de Sélénia tél: 07.62.07.26.41 - ou par mail: jeannedarc2012@yahoo.fr

jeudi 31 mai 2012

Apprendre l'amour

Je m'ennuie de vous, chers internautes. Quinze jours de silence, c'est trop. Mais j'avais quelques gros travaux en cours, un livre de débat contradictoire sur Dieu ou l'éthique (le titre fait grincer des dents, non ?), des contributions que j'avais acceptées de donner à un Collectif sur le Vatican, un autre livre sur la nouvelle évangélisation auquel je collabore, sans compter le travail ordinaire. Enfin me voilà avec des tas de choses à vous dire et... oui un peu le trac : par où commencer après si longtemps, le webmestre ayant vaillamment alimenté le Blog presque chaque jour, ce dont je le remercie.

Justement peut-être commencer par lui. Je ne suis pas forcément d'accord sur sa vision de la Hollandie... ce pays très bas, très plat qui est le nôtre depuis le début du mois de Mai. Je crains que l'on ne réussisse pas de si tôt à dépasser le clivage droite/gauche. L'un de mes paroissien, très lancé dans l'action pour une France nouvelle et fervent partisan du nouveau président, m'explique que, de Sarkozy à Hollande, l'on passe de Carl Schmitt à saint Thomas d'Aquin, de l'hyperprésident au président normal, du décisionnisme politique à "l'ordre juste" et à la restauration de l'amitié politique, à travers la négociation que les différents partenaires sociaux seraient assez mûrs aujourd'hui pour mener à son terme dans une véritable harmonie. Dieu l'entende!

Je viens de voir un film très drôle, oui une comédie (ce n'est que cela) sur la persistance du clivage droite gauche en France. Ca s'appelle Le prénom. Patrick Bruel est excellent (je dirais dans son jus) en entrepreneur analphabète, riche et décomplexé (la France qui roule en 4X4), face à Charles Berling, prof charismatique à la vieille Sorbonne (oui Paris IV), socialiste de toujours, imbu de justice sociale et d'antifascisme, avec une nette tendance à se prendre au sérieux, je ne vous dis que ça. Lui, c'est la France qui roule en Scénic. Ce sont des amis de toujours, eux deux, mais alors jamais d'accord et illustrant de manière absolument contemporaine (c'est-à-dire par exemple au delà de tout enjeu religieux) ce que l'on appelle la guerre des deux France. Quand on pense que certains veulent faire l'économie de ce clivage et vont répétant : ni droite ni gauche. Je sors du Prénom, et je me dis : ce n'est pas demain la veille. Sarkozy/Hollande, y a pas : c'est clivant, ne serait-ce qu'au niveau du discours.

Ne vous fiez pas à la bande annonce. Allez voir Le Prénom : Vincent et Anna attendent un enfant. On s'étripe sur le prénom. Et c'est juste jusque dans les détails et puis, aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette pochade est un film à texte. Le dialogue est soutenu et ne traîne pas en longueur. On rit : de soi ? - Parfois.

Il y a un autre film pour lequel il ne faut surtout pas se fier à la bande annonce, c'est De rouille et d'os de Jacques Audiard, avec Marion Cotillard. Quand on regarde la B.A. on a l'impression d'un remake de Intouchables, le film au 13 millions d'entrée sorti en 2011, bourré à craquer de bons sentiments sur tout le monde. L'histoire de celui-ci ? Une bourgeoise qui dresse des orques à ses heures perdues dans un Parc aquatique est victime d'un grave accident. Elle a les jambes coupées par l'un de ces animaux, trop brusquement sorti de son lit. Évidemment le petit copain n'a pas demandé son reste. Elle se retrouve absolument seule : la souffrance fait le vide autour de soi. A qui parler ? Elle se souvient d'un videur, sorte de primate issu de la Diversité, qui l'avait gentiment ramené chez elle à l'issue d'une dispute arrosée. L'histoire peut commencer.

Lui va immédiatement répondre à son attente, en lui donnant la force de dépasser son infirmité, mais sans jamais faire de sentiment, juste avec la force de ces bras de boxeur pour la porter, avant qu'elle ne se fasse adapter des prothèses. Elle réapprend à vivre, à apprécier la vie, son nouveau mentor est toujours "opérationnel", disponible pour elle, prêt à payer de sa personne, évidemment au lit mais pas seulement. C'est plutôt, oui, un copain. La différence entre eux cependant est trop grande pour qu'il puisse envisager autre chose qu'une collaboration amicale qui s'étend à tous les domaines. Ce qu'il possède, ce qui le rend différent ? La délicatesse. Quand elle lui en parle, pur l'en remercier, il ne sait pas ce que c'est. Manifestement il ne connaît pas le mot.

La vie semble devoir les séparer. Et c'est le danger de mort dans lequel se trouve son gamin qui a faire réfléchir le Primate. Elle l'appelle pour lui demander des nouvelles. Il s'est cassé les mains (ses mains de boxeur) sur la glace. Jusque là il vivait la boxe comme une véritable obsession, une passion qui l'absorbait tout entier. Il n'était pas capable d'éprouver autre chose. L'accident de son gamin le sort de cette obsession et lui permet d'apprendre à aimer...

Il me semble qu'il y a là une belle vision de la souffrance qui rend sage et qui rend aimant. Souvenez vous : il y a quelques mois, je m'étais insurgé sur ce blog contre le film de Valérie Donzelli La guerre est déclarée, dans lequel la souffrance était juste vue comme l'occasion de poser une performance vitale. Pour moi cette confusion entre souffrance et performance avait quelque chose de sacrilège. En réalité, il y a un un mystère de la souffrance. La caméra de Jacques Audiard sait nous faire voir ce mystère? Pour lui c'est clair la souffrance accomplit chacun des deux protagoniste. Elle doit sortir de sa superficialité ordinaire. Lui doit découvrir dans sa délicatesse naturelle vis  vis d'une femme rencontrée par hasard et dont tout le sépare quelque chose de plus. Mais il ne le découvre vraiment, ce quelque chose, il n'apprend l'amour que dans l'épreuve que traverse son fils et après s'être cassé les mains (ses mains de boxeur) pour le sauver d'une mort certaine.

Voilà : je vous raconte tout mais je ne vous ai rien dit : il faut voir ce très beau film, qui porte un message si étonnamment chrétien (même s'il ne contient aucune référence chrétienne). Le chroniqueur cinéma de Monde et Vie, Champrun, dit qu'il se demande comment on peut changer de vie sans changer d'âme. Il est vrai que l'on ne PARLE pas de l'âme dans ce film, mais cette conversion à l'amour à travers la souffrance est certainement de l'ordre d'une grâce anonyme. "Celui qui FAIT la vérité vient à la lumière" dit l’Évangile de mercredi dans l'extraordinaire rite qui est le mien. Il me semble que ce verset d’Évangile convent bien au film de Jacques Audiard dont les dernières images d'ailleurs sont des images de lumière.

mercredi 30 mai 2012

[Echos Littéraires] «L'évêque était là» – Victor Hugo

Victor Hugo n’était pas particulièrement catholique, et s’il rend hommage aux vertus chrétiennes, c’est pour mieux les insérer dans sa grande religion de l’Homme. Cela étant posé, j’avoue que peu m’importent les intentions d’un auteur quand son texte est admirable. Voici sous la plume de Hugo un «Mgr Myriel», évêque de Digne-les-Bains, qui apparaît au début des «Misérables» et ne quitte jamais tout à fait le livre.
«Il arriva à Digne une aventure tragique. Un homme fut condamné à mort pour meurtre. C'était un malheureux pas tout à fait lettré, pas tout à fait ignorant, qui avait été bateleur dans les foires et écrivain public. Le procès occupa beaucoup la ville. La veille du jour fixé pour l'exécution du condamné, l'aumônier de la prison tomba malade. Il fallait un prêtre pour assister le patient à ses derniers moments. On alla chercher le curé. Il paraît qu'il refusa en disant: Cela ne me regarde pas. Je n'ai que faire de cette corvée et de ce saltimbanque; moi aussi, je suis malade; d'ailleurs ce n'est pas là ma place. On rapporta cette réponse à l'évêque qui dit: – Monsieur le curé a raison. Ce n'est pas sa place, c'est la mienne.

Il alla sur-le-champ à la prison, il descendit au cabanon du «saltimbanque», il l'appela par son nom, lui prit la main et lui parla. Il passa toute la journée et toute la nuit près de lui, oubliant la nourriture et le sommeil, priant Dieu pour l'âme du condamné et priant le condamné pour la sienne propre. Il lui dit les meilleures vérités qui sont les plus simples. Il fut père, frère, ami; évêque pour bénir seulement. Il lui enseigna tout, en le rassurant et en le consolant. Cet homme allait mourir désespéré. La mort était pour lui comme un abîme. Debout et frémissant sur ce seuil lugubre, il reculait avec horreur. Il n'était pas assez ignorant pour être absolument indifférent. Sa condamnation, secousse profonde, avait en quelque sorte rompu çà et là autour de lui cette cloison qui nous sépare du mystère des choses et que nous appelons la vie. Il regardait sans cesse au dehors de ce monde par ces brèches fatales, et ne voyait que des ténèbres. L'évêque lui fit voir une clarté.

Le lendemain, quand on vint chercher le malheureux, l'évêque était là. Il le suivit. Il se montra aux yeux de la foule en camail violet et avec sa croix épiscopale au cou, côte à côte avec ce misérable lié de cordes.

Il monta sur la charrette avec lui, il monta sur l'échafaud avec lui. Le patient, si morne et si accablé la veille, était rayonnant. Il sentait que son âme était réconciliée et il espérait Dieu. L'évêque l'embrassa, et, au moment où le couteau allait tomber, il lui dit: «– Celui que l'homme tue, Dieu le ressuscite; celui que les frères chassent retrouve le Père. Priez, croyez, entrez dans la vie! le Père est là.» Quand il redescendit de l'échafaud, il avait quelque chose dans son regard qui fit ranger le peuple. On ne savait ce qui était le plus admirable de sa pâleur ou de sa sérénité. En rentrant à cet humble logis qu'il appelait en souriant son palais, il dit à sa soeur: Je viens d'officier pontificalement.

Comme les choses les plus sublimes sont souvent aussi les choses les moins comprises, il y eut dans la ville des gens qui dirent, en commentant cette conduite de l'évêque: C'est de l'affectation. Ceci ne fut du reste qu'un propos de salons. Le peuple, qui n'entend pas malice aux actions saintes, fut attendri et admira.»